Le gouvernement transitoire installé à Damas, dominé par des membres de l’ancienne organisation affiliée à Al-Qaïda, Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), recourt une fois de plus à la violence afin de consolider son contrôle sur l’ensemble du territoire syrien. Cette stratégie a déclenché une nouvelle guerre délibérée qui menace de replonger le pays dans les heures les plus sombres de la guerre civile et fait peser un risque grave sur la stabilité internationale. Cette campagne militaire est coordonnée par le régime djihadiste de Damas en collaboration étroite avec le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, et le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan. L’État turc joue un rôle direct et actif dans le conflit : il mobilise des avions de chasse, des drones et des moyens de reconnaissance, et aurait déployé des troupes combattant aux côtés des forces djihadistes.
À l’inverse, depuis leur lutte décisive contre l’organisation État islamique (EI), les Kurdes de Syrie ont constamment affirmé leur volonté de dialogue avec le gouvernement syrien. Ils n’ont jamais revendiqué la division ou la sécession du pays, mais ont toujours défendu une solution inclusive au sein d’un État syrien décentralisé.
L’objectif évident de cette guerre d’anéantissement menée contre les Kurdes est de transférer la Syrie de la dictature baasiste à une dictature du HTS, dans le contexte de la reconnaissance internationale d’Al-Jolani (nom de guerre djihadiste d’Ahmed al-Sharaa) comme homme d’État légitime. La vision d’Al-Jolani pour la « nouvelle Syrie » exclut toute perspective de démocratie ou de coexistence pacifique entre les peuples. Les femmes y demeureraient soumises à une oppression systémique. À l’opposé de cette conception autoritaire du pouvoir, les Kurdes ont construit au cours des quinze dernières années une auto-administration politique et administrative démocratique, garantissant la liberté d’expression des femmes, des peuples et des confessions religieuses. Dans la Syrie imaginée par Al-Jolani, il n’y a donc pas de place pour les Kurdes. C’est dans ce but qu’un génocide est une nouvelle fois imposé à leur encontre. Une fois encore, les États membres de la coalition internationale contre l’EI font preuve d’une hypocrisie manifeste. Lorsque leurs intérêts stratégiques sont en jeu, ils abandonnent non seulement leurs principes, mais ignorent également le droit international.
Dans ce contexte, le silence équivaut à une complicité. Par leur inaction, la coalition internationale et l’Union européenne ont trahi leurs valeurs proclamées ainsi que le peuple kurde. Cette passivité favorise le nettoyage ethnique et ouvre la voie à un possible génocide en Syrie. Nous appelons donc à:
• L’imposition immédiate de sanctions contre le Gouvernement transitoire syrien et sa condamnation par la communauté internationale ;
• L’imposition immédiate de sanctions contre la Turquie pour son rôle direct dans les attaques contre les Kurdes de Syrie ;
• La reconnaissance politique et juridique de la DAANES par l’Union européenne, afin de contraindre Damas à accepter une solution décentralisée garantissant les droits et l’existence des Alaouites, Druzes, Yézidis, Assyriens, Arméniens et de toutes les communautés ethniques et religieuses dans une future Syrie démocratique ;
• La suspension par la Commission européenne des 620 millions d’euros d’aide tant que le gouvernement al-Sharaa ne respecte pas des critères clairs de désescalade, de démocratie et de paix ;
• La création par l’UE d’une commission indépendante chargée d’établir les responsabilités pour tous les crimes commis contre des civils, y compris les bombardements d’hôpitaux et de zones résidentielles.
Une Syrie démocratique est une condition essentielle à la stabilité régionale. La première étape doit être la reconnaissance juridique et politique de la DAANES. Celle-ci contribuerait également à mettre fin à la politique d’escalade et de violence menée par le gouvernement turc contre le peuple kurde. L’expérience démocratique portée par la DAANES, issue de la lutte héroïque contre la menace mondiale de l’État islamique, demeure aujourd’hui la seule garantie crédible de liberté pour tous les peuples de Syrie — et en particulier pour les femmes.